Mitch Altman a fait fortune en créant une télécommande universelle, la TV-Be-Gone, dotée d’un seul  bouton : le OFF, afin de pouvoir éteindre d’un clic n’importe quelle télévision. Depuis, il fait le tour du monde pour expliquer aux gens, et notamment aux enfants, le plaisir que l’on peut avoir à bidouiller, hacker et créer toute sorte d’objets électroniques.

Et des objets bidouillés, il y en a plein : une plante qui tweete lorsqu’elle a soif, une citrouille pour jouer à Tetris, une machine à écrire comme clavier USB, une radio vintage qui diffuse twitter en direct… On peut même fabriquer, avec des imprimantes 3D, des disques vinyles, un stradivarius et même l’Aston Martin du dernier James Bond !

La "pumpktris", citrouille tetris (via Laura Cochrane sur Makezine)

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à la fin des années 50. Le club des amateurs de petits trains du célèbre Massachussets Institute of Technology (MIT) avait installé un énorme circuit de trains dans un ancien laboratoire utilisé pendant la seconde guerre mondiale pour développer les premiers radars, l’ancêtre du GPS, et travailler sur l’énergie nucléaire. Et pour contrôler cet énorme circuit de trains, ils avaient bidouillé un ordinateur, et un central téléphonique (photos). Et c’est précisément dans ce club d’amateurs de petits trains qu’est née la culture des hackers

Depuis, les étudiants du MIT cultivent précieusement cette culture du hack, en rhabillant le dôme de l’université façon R2D2, en y installant un camion de pompier, ou un faisant d’un immeuble en Tetris géant… entre autres.

Au début des années 2000, le MIT crée même un Fabrication Laboratory (FabLab), afin de proposer à ses étudiants un cours intitulé « How To Make (Almost) Anything »Comment fabriquer (presque) n’importe quoi »).

Au même moment, un fermier norvégien, Haakon Karlsen Jr, qui vit dans un petit village à 1h30 d’avion du pôle nord, où il fait nuit 24h/24 en hiver, installait des téléphones mobiles sur ses moutons, des “téléphones moutons”, pour pouvoir les géolocaliser. Dans la foulée, il dotait ses chiens de bergers de télécommandes contrôlables à distance par ordinateur, et créait un petit drône équipé d’une caméra infrarouge pour retrouver ses moutons perdus dans la nuit.

Le MIT a trouvé l’idée pas con, et décidé d’installer un FabLab dans ce petit village reculé. Plusieurs milliers de personnes s’y rendent, chaque année, afin d’apprendre à utiliser défonceuses numériques, découpes laser, et autres imprimantes 3D.

Aujourd’hui, on dénombre près de 200 FabLab dans le monde, dont un à Jalalabad en Afghanistan, un autre à Yogyakarta sur l’île de Java, et 27 en France. Moins institutionnels, plus informels, on dénombre également plus d’un millier de hackerspaces dans le monde, dont une 40aine en France. L’objectif est le même : permettre aux gens d’apprendre à fabriquer, détourner, modifier et bidouiller toutes sortes d’objets, électroniques, communiquants, ou pas.

Les FabLabs dans le monde (via fablabamersfoort.nl)

Sur le Net, on trouve aussi des communauté de gens passionnés par la fabrication de drones, de robots, et mêmes de voitures, qui mettent en commun leurs compétences et savoir-faire. Leur objectif n’est pas tant de vendre que de partager. Et ça change tout : on peut désormais fabriquer des objets, non plus à la chaîne, mais à l’unité, et de plus en plus de gens vont pouvoir imprimer des objets en 3D, chez eux, dans leur garage, au FabLab ou dans le hackerspace du coin

Une imprimante 3D dans un FabLab (CC Science Animation-Elodie Decarsin)

Signe des temps : Chris Anderson, le célèbre rédacteur en chef du magazine Wired, vient d’ailleurs de démissionner pour prendre la tête d’une boutique en ligne de composants électroniques : pour lui, il s’agirait d’une “nouvelle révolution industrielle”…

Jean-Marc Manach

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